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Les maisons à pans de bois

Claire CHAUVIN

 

Depuis quelque temps, les Fécampois ont le plaisir de redécouvrir sur certaines maisons les anciens matériaux des siècles passés. Les propriétaires grattent peintures et crépis qui déparaient certaines façades et la couleur initiale des briques et des silex réapparaît, soulignée par un nouveau jointoiement plus clair qui donne un coup de soleil et réchauffe le regard.

Mais il est aussi à Fécamp des maisons plus rares parce que plus anciennes ; ce sont les maisons à pans de bois.

Nouveau venu dans la région, mon mari, Parisien d'origine avait été surpris et contrarié de constater qu'un bel immeuble racheté fort à propos par la municipalité précédente se trouvait fort dégradé. C'était l'Hôtel du Grand Cerf à façade classée du XVIe siècle. Grâce à l'oreille attentive de madame Bredin, maire de notre cité à cette époque, une réhabilitation fur ordonnée dans le but de réaliser une « Maison du Patrimoine ». Une sauvegarde réussie quand on se rappelle le sort du manoir Gayant !

D'autres maisons plus anonymes nous restent néanmoins, leurs propriétaires successifs ayant veillé à leur entretien rendu quelquefois très difficile. Rendons-nous rue Arquaise, l'une des voies les plus anciennes de la ville et arrêtons-nous devant la demeure qui porte les numéros 63-65.

Description :

C'est une grande maison avec un encorbellement et une sablière bien incurvée qui témoignent de son grand âge. Pour des raisons de salubrité, l'encorbellement fut interdit à partir de 1520. Dans les rues médiévales très étroites il était en effet courant de voir des maisons de 2, 3 voire 4 étages. Celles-ci présentaient plusieurs décrochements ou encorbellements et cette habitude d'élargir un peu la surface d'habitation à chaque niveau pour une superficie inférieure au sol finissait par donner des maisons en vis-à-vis qui se rejoignaient presque aux combles et empêchait la lumière de pénétrer et l'air de circuler.

L'encorbellement bien marqué de cette habitation nous la fait donc dater de la fin du XVe siècle, début XVIe.

Les poteaux du rez-de-chaussée portent le sommier et s'évasent vers le haut en formant des pigeards où l'on peut voir encore des décorations sculptées qu'a bien mises en évidence monsieur Malandain, propriétaire. Sur ces pigeards repose la sablière qui elle-même reçoit les poteaux du premier étage. La maison s'ouvrait sur la rue par trois portes : pour des raisons de confort bien compréhensibles deux portes ont été supprimées et remplacées par des fenêtres qui donnent la luminosité nécessaire à la vie quotidienne.

Remise en état :

Depuis vingt ans, monsieur et madame Malandain avec beaucoup de ténacité et d'enthousiasme ont cherché à redonner vie à cette vieille dame bien malade : sécuriser les fils téléphoniques d'abord et remplacer le torchis devenu complètement perméable par un galandage recouvert d'enduit. Les poteaux, soignés à l'huile de lin sont brun clair, l'enduit entre les colombes reste « beurre frais ». Telle qu'elle se présente, cette maison a un air de déjà vu. Certes, elle fut souvent photographiée mais sa silhouette gardait la teinte sépia ou noir et blanc des vieux clichés... or au 19ème siècle elle avait déjà séduit un artiste !

Le tableau :

Il s'appelait Henri Darien. Il était Parisien et élève de Corot. La maison lui plût, il la représenta dans ce grand tableau qui se nomme « La Criée » et qu'on peut admirer au Musée des Terre-Neuvas. On la reconnaît très bien, elle a simplement déménagé puisque Darien l'a campée sur le Grand Quai

Grâce à monsieur et madame Malandain, cette maison a retrouvé l'allure et les couleurs qui avaient charmé l'oeil du peintre.