L'association

Le Patrimoine de Fécamp

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Lettre semestrielle



Juillet 2014

EDITORIAL DE PIERRE LEFEBVRE

LA LIBÉRATION DE FÉCAMP VÉCUE PAR UN FÉCAMPOIS

Dans quelques semaines, Fécamp va célébrer le soixante-dixième anniversaire de sa Libération, très exactement le 2 septembre. Le Président du « Vieux Fécamp » m’a demandé de faire le récit de ces évènements historiques, tels que je les ai personnellement vécus.
Il m’apparaît indispensable de revivre, d’abord, les faits qui se sont produits quelques semaines auparavant ; de recréer l’ambiance sous laquelle vivaient les quelque quatre mille Fécampois encore restés dans leur cité.

Pendant le dernier mois, à trente-deux reprises Fécamp ou ses environs immédiats furent soumis à d’intenses bombardements. La Côte de la Vierge, le quartier du port, Saint-Léonard furent particulièrement visés par les bombardiers alliés. J’ai, en ma chair, souvenir d’une attaque aérienne, menée par une vingtaine d’appareils ; j’étais, à l’époque, requis pour casser le bois pour une cuisine allemande. Et je puis jurer que ce fut terrible. Trente-deux Allemands furent tués sur une quarantaine de présents… Chaque jour, mon travail « obligatoire » terminé, je passais à l’imprimerie du « Mémorial cauchois » pour entretenir l’atelier. Car M. Jules Rolland, le Directeur du Mémorial avait, avec moi, souscrit un « contrat » : je devais rester sur place pour être prêt à sortir une édition du Mémorial le jour même de la Libération.

Nous savions que, pour l’armée allemande, la débâcle était commencée. Un jour, tout près de la Bénédictine, j’ai vu un soldat traînant lamentablement un veau (sans doute volé dans une ferme environnante) ; il tentait de l’échanger contre un vélo ! Ambiance tragique tout au long du mois.

Le 30 août arrivait. Nous entendîmes des explosions de toutes parts. Les occupants avaient placé des torpilles marines sous le berceau du slipway de la Chambre de Commerce qui avait été réalisé, dans les années vingt, avec les dommages de la guerre 14-18. L’explosion provoqua d’énormes dégâts jusque sur le Boulevard de la République. Tout a sauté : les phares, les écluses, les ponts… Depuis juin 40, quand les colonnes de chars bombardaient Fécamp depuis la Côte de la Vierge, nos pompiers furent héroïques. J’ai souvenance des soldats du feu tentant, rue Louis-Caron, d’éteindre un incendie, en plein mitraillage ! le 30 août 44, ils étaient, toujours les mêmes le capitaine Alexandre DUBUC et ses officiers et soldats du feu partout à la fois. Ils ont désamorcé des explosifs à l’usine électrique, à la poste et ils évitèrent, en plus, la destruction de la station de pompage des eaux. Certes, nous étions sans électricité, sans rien, mais ça ne dura que quelques semaines.

Les Forces de l’Intérieur n’étaient pas inactives. M. PELLIER-CUIT, chef régional des FFI, MM LE MONNIER, PREVOT, MAREST, TOURNIS, constituaient l’état major. Ils ont aidé des déserteurs alsaciens ou lorrains, engagés de force dans l’armée allemande en leur trouvant des vêtements civils, et ils les laissèrent planqués jusqu’au jour de la Liberté. J’ai eu connaissance d’une anecdote qui se passa, rue Alexandre-Legros, au « Café de Paris ». Au bar, un jeune fécampois prenait un verre. Soudain, le patron Charles ALLAIN, aperçu des hommes au chapeau mou, il passa un mot d’ordre à son client Jean DUREL. « File tout de suite rue d’Yport chez PELLIER-CUIT et dis-lui de fuir dans l’instant ». Le responsable des FFI fut, ainsi, sauvé.

Au matin du 2 septembre, nous attendions toujours qu’arrivent les soldats libérateurs ; mais les FFI qui, tous portaient le brassard étaient très actifs. Certains s’étaient organisés et ils sont allés visiter tous les blockhaus, délogeant des Allemands restés cachés, là. Un groupe a eu l’audace de monter au sommet de la Côte de la Vierge, totalement à découvert : ils ont trouvé, sur place, les sémaphoristes, abandonnés par leur état-major. Ils furent faits prisonniers.

J’avais rendez-vous pour 10 h, car nous savions maintenant que les alliés allaient arriver. Nous sommes donc montés au clocher de Saint-Étienne, M. LAMISSE, le sonneur habituel accompagné de l’un de ses fils et moi-même. A l’abbaye les pompiers avaient mission de donner le premier coup de cloches. Dès lors, les deux carillons devaient résonner et sonner plus de vingt minutes, simultanément. Et avec enthousiasme.

Deux FFI, CHARBONNIER et PERETTI avaient rafistolé une vieille moto et volé de l’essence dans un véhicule allemand. Leur mission aller à Saint-Valéry-en-Caux où se trouvaient, déjà, les alliés. Ils furent gavés de chocolats et de chewing-gum … Le Major WALTON leur déclara « nous arrivons ». Et c’est ainsi que, vers midi parût le premier véhicule blindé portant, à la diable, une dizaine d’hommes chacun. Une ambiance folle les attendait Place de l’Hôtel de Ville ; tous les Fécampois étaient là, acclamant les soldats. M. Gustave COUTURIER, qui était resté à son poste de Maire pendant toute l’occupation a prononcé le discours le plus émouvant de sa carrière. Souvent il tint tête à l’occupant.

Descendant de mon clocher je suis allé, moi aussi, à la Mairie et je vis le Major WALTON, commandant le détachement. Il fut tué deux jours plus tard, en sautant sur une mine…

Les soldats, les FFI et toute la population se sont rendus Place Thiers pour y chanter une Marseillaise, comme, jamais, il n’en fut chanté de pareille. Le petit clairon des pompiers, M. COQUEREL, seul sonna « aux morts ».

Pendant ce temps, j’étais allé au Mémorial Cauchois pour composer les feuillets qu’apportait, un à un, M. Jules ROLLAND. L’imprimeur Jules HAUTOT, tira mille numéros d’un journal qui fut vendu en moins d’une heure, et, ce, sur une vieille « Minerve » à pédale ! Trois jours plus tard, le titre changeait et devenait « Le Progrès de Fécamp » lequel est toujours quotidiennement présent.

La chasse aux filles occupa une partie de l’après-midi. On ne peut oublier le triste spectacle de ces femmes, tondues sur lesquelles crachaient certains fécampois.

La plupart des FFI se regroupèrent alors et partirent pour participer à la Libération du Havre. Pendant des jours entiers, nous avions vu les forteresses volantes passer, très haut, au-dessus de Fécamp et revenir un moment plus tard, plus légers… Les FFI ont ensuite été incorporés à ce qui devint La Première Armée française, commandée par le Général de LATTRE DE TASSIGNY. D’autres Fécampois, engagés depuis longtemps, venaient, après la Bataille d’Italie, de débarquer à Fréjus.


Souvenirs de Pierre LEFEBVRE
Journaliste Honoraire et Membre de l’Association



LE MOT DU PRESIDENT

LE LIVRE BLANC, dix ans après

Souvenez-vous ! Il voulait être une proposition, une participation à l’aménagement de la ville. Il faut se rappeler, il y a dix ans déjà, il était mis en chantier et présenté en 2005 au Palais Bénédictine. Pour ceux qui nous ont rejoints depuis, il est utile, et pour nous tous, de revenir sur cette offre qui voulait être un partenariat.

Il était le résultat d’études et de réflexions par des personnes attachées à la cité par leur naissance, leur activité professionnelle, leur cadre de vie familiale. Et oui ! Dix ans ! Mais qu’en est-il aujourd’hui de l’évolution de la ville ? Hélas, au regard de ce qui a été réalisé, notre Livre blanc se montre toujours d’actualité sur beaucoup de points. Bien sûr l’érosion du temps rend des propositions obsolètes. Nous regrettons de dire qu’il y a eu une absence totale de dialogue. Nous avons participé à « Fécamp dès demain » sans être entendus, comme beaucoup de Fécampois qui ont vu ce projet à regret abandonné au fil du temps, après avoir suscité beaucoup d’espoir et une grande mobilisation portée à grand renfort médiatique.

« C’est une grande occasion manquée » c’est ce que disent les Fécampois.
En s’interrogeant, qu’en est-il de la médiathèque, du théâtre, de l’hôtel ***, du pôle culturel et historique et beaucoup d’autres ?
Au regard de tout ce qui était espéré, sans concrétisation aujourd’hui, sur beaucoup de points notre Livre blanc reste d’actualité.

Prenons quelques exemples :
Le plateau St Jacques. Le regroupement des activités sanitaires est une réussite de même que l’activité des lycées (ne parlons pas des habitations), mais la circulation avec le centre-ville est devenue une épreuve. Il y a des propositions pour des solutions. Heureusement, le boulevard Mandela a montré toute son utilité.
La relation ville haute/ville basse était une opportunité avec l’aménagement du centre commercial en cœur de ville pour obtenir plus de relations entre les quartiers historiques et les activités nautiques et balnéaires. Nous sommes maintenant devant une réalité de rupture.
L’espace Jules Ferry présente le contraire de ce qu’une ville aux ambitions touristiques doit offrir. Son aménagement est en cours, il était attendu avec impatience et intérêt, car pendant tout ce temps le train de l’économie passe.

La grande question aujourd’hui est le Musée des Pêcheries. Nous avons toujours soutenu son projet, dans un bâtiment industriel représentatif d’une époque, sur un site localement approprié. En 2002 nous disions dans un courrier à M. le Maire notre intérêt pour ce choix. Nous ne savions pas qu’en 2014 nous serions toujours dans l’attente d’une ouverture, et qu’en 2013 les musées fécampois seraient fermés (hormis la Bénédictine). Nous étions loin par ailleurs d’imaginer le coût final des travaux. Nous pensons qu’une projection économique nous donnera le coût de fonctionnement ainsi que les estimations du nombre de visiteurs.
Cette question devrait être donnée à l’attention publique.
Pour rester positifs, retenons qu’il offre une plus grande surface d’exposition avec une muséographie étudiée, mais encore faut-il qu’il ouvre.

En définitive, notre Livre blanc est toujours d’actualité et pour ceux qui seraient tentés de dire qu’il représente, pour l’avoir entendu, une vue de l’esprit, que pourrait-on dire de ce qu’est le naufrage de « Fécamp dès demain » !

L’histoire le retiendra




YPORT


Yport : une commune de caractère !

Le 18 avril 1842 est une date mémorable dans l’histoire de la bourgade. Ce village de pêcheurs, riche de 1600 âmes a obtenu son affranchissement vis-à-vis de Criquebeuf-en-Caux, commune d’à peine 300 habitants. Yport devenait commune par une ordonnance royale de Louis-Philippe dès le 1er janvier 1843. c’était une juste reconnaissance pour sa population qui avait œuvré pour obtenir son indépendance.

L’église Saint-Martin au cœur du village

Les Yportais, dotés d’un caractère bien trempé et décidé, ont entrepris de bâtir eux-mêmes leur église sur la suggestion d’un voyageur allemand, Jacob Wendey, en faisant référence aux habitants de Maison-Rouge près de Paris. L’édification d’un tel édifice trottait dans la tête des habitants depuis 1792. l’idée fit alors son chemin et neuf propriétaires yportais achetèrent une parcelle de 43 ares et 43 centiares (soit 4343 m2)   payables en deux fois, le 14 février 1838 et le 10 février 1840.

A la fin de l’année 1838, grâce à la participation de tous, pêcheurs qui ramassaient moellons et cailloux sous les falaises, ceux qui par bateau ramenaient de Fécamp du bois de construction, maçons et charpentiers qui offraient leur savoir-faire et leur bras, mareyeurs et charpentiers qui prêtaient charrettes  et chevaux, femmes et enfants devenus porteurs d’eau et qui gâchaient le mortier; l’église et son presbytère étaient presque achevés.
L’édifice avait 40 mètres de long et 10 mètres de large.

L’habitat yportais au XIXe siècle

La plupart des maisons blotties les unes contre les autres sont de plain-pied et rares sont celles qui ont un étage. Leur toiture est en chaume ou en paille comme les chaumières du plateau de Caux. Les murs sont en torchis. Puis, peu à peu, les toits se couvrent d’ardoises aux reflets tantôt gris-bleu, tantôt argentés, selon la couleur du ciel. En 1841, un arrêté municipal impose l’ardoise à la plupart des habitations afin de limiter les risques d’incendie même si l’on compte encore quelques bâtisses couvertes en chaume.

Yport, une station balnéaire

Dès 1855, Yport est reconnue station balnéaire aux effets bénéfiques de la balnéothérapie. Nombreux sont les touristes qui profitent du bon air iodé de la mer. Pendant la saison estivale, huit trains quotidiens, sans changement de voiture, relient Paris Saint-Lazare à Yport en 3 heures. En 1864, le registre des délibérations municipales recense 300 baigneurs.





LE MARTYRE D’ÉDITH CAVELL


Edith Cavell est née le 4 décembre 1865 en Grande-Bretagne à Swardeston près de Norwich.
Après un diplôme d’institutrice, elle devient éducatrice en Belgique.
Appelée en Grande-Bretagne pour soigner son père, elle entre, après son décès,  au Royal London Hopital comme infirmière en 1895.
Infirmière libre de 1903 à 1907, elle est nommée infirmière-chef à Ixelles en Belgique et devient directrice de l’école d’infirmières.
Dès le début de l’invasion allemande, elle soigne les blessés des armées alliées et allemandes. Elle aide les soldats alliés à fuir de la Belgique, occupée par les Allemands pendant la Première Guerre Mondiale, vers les Pays-Bas, état neutre.
Elle est dénoncée et arrêtée le 5 août 1915 avec les responsables de l’hôpital.
Accusée de haute trahison à son procès en cours martiale, elle est fusillée le 12 octobre 1915 et inhumée dans un site militaire.
Après la guerre, en 1919, son corps est exhumé et son inhumation a lieu près de la cathédrale de Norwich.
Plusieurs villes honorent sa mémoire et donnent son patronyme à des hôpitaux en Belgique, à des rues à Sainte-Adresse, Nice, Cannes, Rennes, Tours et Saint-Maur des Fossés où existe une école portant son nom.
Son exécution et le torpillage par un sous-marin U20 allemand du paquebot transatlantique britannique RMS Lusitania provoquant la disparition de plus de 1200 passagers dont madame Depage, épouse du directeur de l’hôpital belge, furent des facteurs déclenchant de l’entrée en guerre des Etats-Unis dans la première guerre mondiale.