L'association

Le Patrimoine de Fécamp

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Fécamp demain

Fécamp

Quelques aperçus historiques

Louis Lagarde

 

La cité est enchâssée dans la plus importante et la plus profonde vallée, depuis l'estuaire de la Seine, presque au centre de la côte d'Albâtre. C'est ici que se situe la partie la plus élevée des falaises : 105 m au Cap Fagnet, ce qui vaut à toute cette région l'appellation de "Pays des Hautes Falaises". Cette ville trop discrète se dévoile peu à peu aux amateurs de tempéraments robustes et d'histoires spectaculaires. Fécamp a eu un prestigieux passé, élaboré par des personnages remarquables, issu d'événements parfois tragiques, emblématiques de toute l'histoire de la côte.

A la porte de la ville, le camp du Canada, site préhistorique, est édifié par les Calètes. Cette antique tribu belge a laissé son nom à toute la région : le Pays de Caux est le pays des Calètes. L'occupation romaine à l'époque gallo-romaine ouvre une période prospère. Les noms des très nombreux villages qui se terminent en -ville rappellent l'implantation des puissants domaines agricoles : les villas romaines.

Au Xème siècle, Fécamp est le port principal des Vikings récemment établis en Neustrie, elle devient alors la Normandie, le "pays des Hommes du Nord".

Le château des Ducs de Normandie, résidence favorite de Richard 1er, puis de Richard II, abrite un puissant monastère. En l'an 1001, Guillaume de Volpiano, moine austère arrive à Fécamp et devient le premier abbé de l'abbaye de la Sainte Trinité. Venu de Cluny, il apporte à Richard II les conseils éclairés d'un européen d'avant-garde. Longtemps, l'influence monastique de Fécamp se fera sentir jusqu'en Angleterre et en Sicile.

Au temps des croisades apparaît la légende de la relique du Précieux Sang de Notre Seigneur : elle est colportée et sans doute inventée par les jongleurs et les trouvères de la Confrérie Saint-Martin. Les moines bénédictins s'associent pleinement au respect de cette relique prestigieuse, en accueillant des cohortes de pèlerins venus de tous les points de l'Occident. Ils construisent l'Abbatiale de la Sainte Trinité, église plus longue que Notre-Dame de Paris et remarquable modèle d'architecture normande. Elle domine la ville du haut de sa tour lanterne. Construite au XIIe siècle, contemporaine de la légende des Chevaliers de la Table Ronde et de la Quête du Graal, cette sobre bâtisse semble fortifiée.

L'occupation anglaise du XlVème siècle est désastreuse.

Les guerres de religion qui suivent ont engendré des luttes fratricides et quelques exploits devenus légendaires : le chevalier de Bois Rosé escalade de nuit la falaise d'Amont, avec cinquante hommes suspendus à une échelle de corde pour restituer à Henri de Navarre le fort du Bourg-Baudouin tenu par les ligueurs. Deux siècles plus tard, comme partout en France, la tourmente de la Révolution mine à nouveau tout le riche patrimoine religieux.

En 1814, la fabuleuse saga des Terre-Neuvas prend son essor. De courageux armateurs, de hardis marins osent partir jusqu'à Terre-Neuve pour exploiter de nouveau leurs droits de pêche. La vraie prospérité de Fécamp s'étend tout au long du XIXe et du XXe siècles, la ville est devenue la capitale des Terre-Neuvas. Naguère, les quais de cette puissance maritime grouillaient de l'activité morutière et harenguière. En 1900, les grands voiliers, trois-mâts, goélettes, bricks s'abritant dans le port étaient si nombreux que l'on pouvait traverser le grand bassin à flot en sautant d'un pont à l'autre de la centaine de navires en attente du grand départ de février. Plus tard, les grands chalutiers, véritables usines flottantes de plus de soixante mètres de long, nécessitaient à l'arrivée de hautes grues hissant des palettes branlantes de morues salées sur une noria de camions qui déchargeaient au Poids public puis dans les sécheries des dizaines de milliers de tonnes de poissons.

Toute la ville porte encore la trace de ces activités. A proximité du port, les petites rues avoisinantes abritent de curieuses constructions dont les hauts murs de brique coiffés d'un toit d'ardoises à une seule pente sont couronnés d'une batterie de cheminées. Ce sont les innombrables boucanes où est fumé le hareng, le roi des poissons pour les Fécampois. Ces boucanes, toutes abandonnées désormais, fournissaient du travail à une main-d'oeuvre essentiellement féminine, en l'absence des maris partis en mer. Elles ont fait aussi la réputation de Fécamp, ville enrubannée des volutes de fumée qui répandaient loin à la ronde les odeurs de poisson fumé et d'iode.

Louis Lagarde