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Le Patrimoine de Fécamp

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Le Docteur Léon Dufour

Louis LAGARDE

 

 

A peine âgé de 25 ans, Léon Dufour est lauréat du concours de chirurgie et d'accouchement de la Faculté de Nancy. Il s'installe à Fécamp le 29 novembre 1881 comme "Docteur-Médecin"; 65 quai Bérigny, devant la forêt de mâts des navires qui font la célébrité de la Capitale des Terre-neuvas. Près de 3.000 marins partent en mer pendant de longs mois.

Le quartier maritime abrite les logements des marins, parfois très précaires, et pendant que les femmes travaillent au poisson, les enfants jouent dans les rues, mal pavées en galets de mer, où "les détritus de poissons se décomposent, se putréfient, répandant des odeurs fétides".

Fécamp, ville de 13.000 habitants, ne compte alors que 5 médecins (80 en 2002 !). La médecine est chère, il n'y a pas de Sécurité Sociale. C'est donc à toute extrémité que le malade a recours au médecin, très souvent après avoir réalisé que le rebouteux n'a pas réussi à le guérir.

Léon Dufour constate avec stupeur que la mortalité infantile est beaucoup plus importante dans le quartier maritime que dans le centre-ville. Les épidémies de diphtérie causent des ravages, les entérites sévissent à cause de "l'alimentation vicieuse" des nouveaux-nés.

En 1889, le Docteur Dufour est nommé médecin adjoint de l'Hôpital de Fécamp. Il manifeste alors une diplomatie remarquable auprès de la municipalité qui accueille les propositions de ce médecin généreux et désintéressé.

 

En mai 1889, dans le Journal de Fécamp, Léon Dufour part en guerre contre le manque d'hygiène qui sévit dans la ville et les foyers.

En 1890, le nettoyage des rues est assuré.

En 1893, il suscite la création d'une Commission d'Hygiène qui obtient l'enlèvement des ordures ménagères et l'installation de tinettes et de fosses septiques.

En 1895, une "Oeuvre de Maternité" assure le prêt de draps et de linge pour les bébés.

En 1897, Les Bains-Douches publics à bon marché sont installés rue de l'Aumône.

En 1898, Léon Dufour assure une série de conférences sur l'hygiène pour les enfants de 10 à 13 ans.

Surtout, "le bon Docteur Dufour" s'intéresse à la santé des nouveaux nés. Il fait preuve d'une patience et d'une persévérance sans bornes pour éduquer les jeunes mamans bien souvent ignorantes des dangers du manque d'hygiène pour leurs bébés. 

C'est l'origine de la création de "L'oeuvre de la Goutte de Lait" en 1894. Le premier but est de "lutter contre la mortalité des enfants du premier âge". Le Docteur Dufour prône l'importance et la qualité de l'allaitement maternel, mais il est conscient de la difficulté, voire de l'impossibilité que rencontrent les jeunes mères travaillant en atelier. Alors, "faute de mieux" - c'est la devise de la nouvelle oeuvre - il propose d'assurer une alimentation équilibrée aussi proche que possible du lait maternel : tous les jours, dans les locaux de la "Goutte de Lait", rue du Précieux Sang, est assurée la préparation de petits paniers de 8 à 10 biberons, ration quotidienne pour un nouveau né. Non seulement le lait est rigoureusement sélectionné, mais il est "humanisé" pour le rendre plus digeste et de plus pasteurisé. Les familles dans le besoin peuvent retirer gratuitement ces biberons.

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(Mémoire en images - Fécamp - Virginie Sampic, Edit. Alain Sutton, Tours, 1999, p.78)

Ce n'est pas tout : une consultation pour les nourrissons est ouverte tous les jours. Méfiantes au début, (on est en Normandie !) les jeunes mamans apprennent peu à peu à surveiller le poids, l'évolution et l'alimentation de leurs enfants. Le Docteur Dufour ne craint pas de laisser ouverte la porte de son cabinet de consultation ; ainsi de la salle d'attente, chacune peut mettre à profit les conseils maintes fois exprimés.

C'est à partir de cette institution, très modeste au début en 1894, que le Docteur Dufour aidé par des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul et par des bénévoles de plus en plus nombreuses, va enrayer de façon spectaculaire la mortalité infantile.

Cet exemple fait bientôt école, à tel point qu'avant la guerre de 1914, il y a plus de 100 "Gouttes de Lait" en France et leur installation s'étend à travers les continents, en Amérique, en Australie et jusqu'à Madagascar.

L'action bienfaisante de Léon Dufour est reconnue dans le monde entier, mais pourtant ce n'est qu'en 1913 qu'il sera nommé Chevalier de la Légion d'Honneur et en 1923, Grand Officier. La municipalité fécampoise décide même de donner son nom au prolongement de la rue où il demeure et, ce qui est exceptionnel, de son vivant en 1926.

Ces distinctions honorifiques et bien d'autres venues du monde scientifique ou universitaire n'entament jamais la modestie du Docteur Dufour ; c'est presque avec étonnement qu'il les reçoit. L'essentiel est que l'oeuvre qu'il a créée porte ses fruits et soit reconnue mondialement.

Pourtant en 2002, le Docteur Dufour... n'a même pas de tombe et aucune stèle, aucune marque ne permet d'identifier sa sépulture au cimetière de Fécamp.

Les Amis du Vieux Fécamp désireux de souligner l'oeuvre humanitaire de leur premier Président, ont ouvert une souscription au Crédit Fécampois - "Hommage au Docteur Léon Dufour" - pour rendre décente la dernière demeure d'un grand bienfaiteur des enfants, non seulement de Fécamp, mais de toute l'humanité.