ASSEMBLEE GENERALE

7 MARS 2010

Conférence sur le Palais Ducal

Louis Lagarde






Le presbytère et l'école de musique avant 1973.

Ce site est le point de départ de l’histoire des Fécampois.


Les fouilles de 1973 à 1984


Au pied de ces ruines, grâce au travail considérable des historiens et des archéologues, et grâce aussi à tous ceux qui ont su et voulu préserver et entretenir ce que nous ont transmis nos ancêtres, nous pouvons en un seul lieu retrouver les plus belles pages de l’histoire de Fécamp pendant plus de 1000 ans.

Au moyen de l’histoire, mais aussi grâce à la poésie des légendes, nous essaierons de retrouver la présence de quelques grandes figures.
Nous visiterons bientôt le Camp du Canada où se trouvent les premières traces de l’habitat fécampois au temps de l’âge de pierre.
Ici les traces anciennes de la vie fécampoise se situent au temps de l’évangélisation, au temps de la venue de St Valéry qui a laissé son nom à une des plus anciennes paroisses.




La tapisserie du Précieux Sang exécutée par Mme Paul Leroux
Nous sommes en Neustrie carolingienne vers le VIème siècle.
C’est à cette époque qu’apparaissent les grands monastères des bords de Seine, Jumièges et Fontenelle.


Songe de Waninge :
Ste Eulalie obtient du Père quelques années de survie

Arrivée des moniales

Toiture miraculeuse arrivée sur la plage de Fécamp
Dans la chapelle des Saints Patrons, 3 panneaux du tombeau de Thomas de St Benoît

Un paladin  que nous connaissons bien, Waninge, désire implanter dans la vallée de Fécamp un couvent de moniales. Il fait appel à Ste Hildemarque venant de Bordeaux.

C’est le monastère dont nous avons fêté la présence lors des fêtes du XIIIème centenaire en 1958,
grâce à Jean Lemaître et à André-Pierre Le Grand : ils ont été tous deux nos présidents.
C’est bien grâce à ces moniales que les Neustriens apprennent à cultiver notre « Gaule chevelue »
C’est ici même que Mme Annie Renoux a retrouvé lors de ses fouilles, la trace de 8 ou 9 bâtiments de cette époque : 140 poteaux et les restes de maçonnerie de deux chapelles des moniales, de 8m, 25 sur 5m, possédant une abside semi-circulaire et un chœur triconque.
Il ressemble à la chapelle St Saturnin à St Wandrille.…
La légende nous a bien informés, peut-être avec un peu d’exagération de la prospérité de ce monastère, le couvent de Ste Hildemarque aurait accueilli 365 religieuses (dans une chapelle de 42 m2. En tout cas, c’est l’image d’un monastère largement ouvert sur l’extérieur « c’est, dit Mme Renoux, la preuve de l’aspect bénéfique de la « paix carolingienne ».



Les Vikings massacrent les religieuses

Au IXème siècle, apparaissent les invasions nordiques très fréquentes tout au long des côtes de Neustrie. Les Vikings remontent même la Seine et menacent non seulement Rouen, mais Lutèce, puisqu’on prétend qu’ils sont remontés jusqu’à Mantes.
Au cours de ces incursions, les grandes abbayes normandes de St Ouen à Rouen, de Jumièges et de Fontenelle, sont entièrement dévastées. Evidemment, Fécamp ne peut échapper aux envahisseurs et la légende fortement appuyée par l’histoire nous raconte le massacre des religieuses qui préfèrent se mutiler pour échapper aux horreurs des barbares
Nombreuses sont celles qui se réfugient à Ham, emportant leurs précieuses reliques de St Waninge.
Les fouilles apportent un éclairage intéressant : certes le monastère est abandonné par les religieuses à la fin du IXème siècle, mais le site n’en est pas pour autant déserté. Des traces de clôture sont retrouvées sur place.
Mme Renoux propose « l’installation d’une communauté agraire qui construit une grange et développe des activités rurales traditionnelles ». On retrouve en effet des graines céréales carbonisées.

Au Xème siècle, le Roi des Francs, dernier roi carolingien, Charles le Simple, désireux de faire cesser les continuelles invasions, propose à Rollon, chef des Vikings, une importante partie de la province de Neustrie. C’est ainsi que la Neustrie devient « terre des hommes du Nord
», la Normandie.
Les conditions du Traité de Saint-Clair-sur-Epte, (911) précisent que cessent les invasions et que ces nouveaux possesseurs de la province se convertissent au catholicisme. Charles le Simple offre même à Rollon, la main de sa fille Gisèle.
Sans avoir la certitude de la conversion réelle de Rollon, nous savons que son fils, Guillaume Longue Epée est né à Fécamp, où il fut baptisé, ce qui explique son attachement à notre cité.

En 942, Richard Ier succède à son père qui fut assassiné. C’est à lui que l’on doit l’implantation réelle de la forteresse fécampoise. D’une grande piété, il établit au pied de son château une communauté de chanoines et construit une collégiale en 990 : l’église de l’an 1000 consacrée sous le vocable de la Sainte-Trinité. Il tente de remplacer les chanoines par des moines bénédictins, mais n’obtient qu’un refus de Mayeul, Abbé de Cluny : celui-ci  refuse d’envoyer des moines de Cluny se faire massacrer par des barbares nordiques.

Vers 950 apparaît l’installation de la première résidence ducale à Fécamp. Les fouilles révèlent un bâtiment en bois de 16m 50 / 5m, 80 à l’est, très proche du monastère d’Hildemarque. Cette modeste demeure présente l’avantage de la proximité de la mer, utile porte de sortie pour les drakkars des Vikings en cas d’attaque.

La vie religieuse est donc solidement restaurée au creux de la grande vallée de Fécamp :l’enceinte du domaine apparaît encore nettement sur le Plan Mangin. Un  espace de 10 hectares de terre et de jardins est clos par un rempart de terre, il barre complètement la vallée de Fécamp : c’est le site réservé au Château ducal au pied duquel se tient le monastère autour de l’église collégiale.
Restitution d'Andre-Paul Leroux


Le jeune Richard II devient à son tour Duc de Normandie en 996. Il s’adresse directement à l’Abbé de St Bénigne de Dijon, issu de Cluny, pour établir à Fécamp la rège de Saint-Benoît dans le monastère de la Sainte-Trinité.

L’abbé Guillaume de Volpiano est, nous dit Glaber « un des hommes les mieux informé de son temps ». De haute naissance lombarde, il est très proche de la cour de Otton le Grand, il sera un précieux ambassadeur, tant auprès du Saint-Siège, que du Saint Empire Romain Germanique pour assurer  la réputation religieuse et politique du nouveau duché de Normandie.
Statue de Guillaume de Volpiano à San Guglio, Lac d'Orta
A cette époque, le pouvoir religieux et le pouvoir politique sont intimement associés. Dès le début du XIème siècle commence la grande époque de l’abbaye de la Sainte-Trinité ; en même temps le duché de Normandie se présente comme une puissance indépendante avec laquelle l’Europe doit compter. Le petit fils de Richard, Guillaume le Conquérant, l’affirmera  par la conquête de l’Angleterre.


Tapisserie du Précieux Sang
C’est à Fécamp en 1006 que Richard II porte officiellement et pour la première fois le titre Ducal et ce en présence du roi Robert le Pieux. Il construit donc à Fécamp un important château qui devient « Palais Ducal ». C’est en 1025 qu’apparait officiellement le terme « palatum », Fécamp est la seule résidence ducale pour laquelle on utilise cette appellation.

Le séjour de Fécamp en tant que Palais, n’est pas seulement le centre politique et administratif d’un « regnum », c’est aussi un puissant monastère. Richard lui accorde même le privilège d’exemption qui libère ainsi le monastère de toute ingérence de l’archevêque de Rouen (qui se trouvait être le frère du duc régnant).
Fécamp est avant tout une église ducale à côté de laquelle Richard construit un important château qui devient « Palais Ducal ». En effet la « aula » occupe une place importante au centre même de cette citadelle. « C’est une ample construction où se rassemblent les élites, symbole d’ordre et d’autorité conformes aux modes de gouvernement carolingien ».



Plan Mangin
Fécamp devient ainsi la troisième capitale de Normandie, après Rouen et Bayeux. Il est intéressant de constater que le souverain se rapproche de l’abbaye où réside son conseiller Guillaume de Volpiano : le pouvoir religieux est intimement lié au pouvoir politique.
Lorsque Richard II disparaît en 1026, il choisit d’être inhumé près de son père Richard Ier sous les gouttières de la Sainte-Trinité, (pour que l’eau du ciel les lave de leurs péchés). Cette église devait être la nécropole des ducs de Normandie.
Fécamp, à partir du règne de Robert le Diable – le Magnifique – décroît en puissance politique, mais non en puissance religieuse car le monastère développe son importance : l’Ecole de Fécamp forme les moines-constructeurs qui s’implantent en Angleterre  à la suite de Guillaume le Conquérant. Celui-ci choisit alors Caen  comme capitale de la Normandie.

Il faut attendre l’avènement du petit-fils de Guillaume le Conquérant, Henri II Plantagenet pour assister à l’évolution de la citadelle fécampoise. C’est en effet, entre 1162 et 1180 qu’est fortifié l’ensemble du monastère de la Sainte-Trinité. Les remparts de terre et les fossés sont remplacés par une puissante muraille consolidée par l’alternance de tours carrées et de tourelles rondes. Le Fort de Fécamp est traversé d’Est en Ouest par une large voie depuis la Porte d’Orée jusqu’à la Porte du Bail.
Le Palais Ducal est aussi reconstruit pour s’intégrer au mur d’enceinte.
Madame Renoux au terme de ses fouilles nous propose :
« l’hypothèse la plus séduisante est celle de l’enceinte rectangulaire, munie d’un hall, d’un petit donjon et de deux tours secondaires. Elle s’appuie sur la récupération des structures antérieures ».
Henri II Plantagenet est venu en 1062 célébrer les festivités pascales à Fécamp : il reprend ainsi les traditions de ses ancêtres directs, Guillaume Longue Epée, Richard Ier et Richard II. Il apporte donc la preuve qu’il est lui-même non seulement Roi d'Angleterre mais aussi Duc de Normandie.
Les 2 grands panneaux du reliquaire

C’est à cette occasion qu’il offre à l’abbaye de Fécamp le splendide reliquaire destiné à recevoir les restes des Ducs Richard pendant que l’on construit la chapelle où se trouve actuellement la tombe des Ducs de Normandie.
Les pouvoirs judiciaires et administratifs attachés au Palais Ducal seront peu après remis entre les mains de l’Abbé de Fécamp.


(Cliquez sur les images pour les agrandir)